lundi 26 août 2013

Henri Guillemin, un porteur de lumière

Pour nous autres, vrais socialistes, se dire "humaniste" ne signifie rien ou peu de choses, c'est même avec un zygomatique relevé que nous accueillons telle ou tel se prétendant ainsi. Humaniste ? Qui donc se proclame relever de l'humanité, se sentir proche de son...prochain ? La belle affaire. Tout le monde est humaniste à ce compte, et tout peut le devenir, une écologie "humaniste" par exemple, même si on imaginerait mal une écologie inhumaine, des méthodes de travail humanistes en entreprise (rires), il est même certain qu'on a sans doute osé proclamer un capitalisme "humaniste" qui serait soucieux de ses profits ET du bien être d'autrui, c'est dire à quel point se dire humaniste ne signifie rien, ou si peu qu'on ne peut décemment pas s'en contenter surtout quand on parle de politique.

Pourtant...il y a eu des humanistes exigeants et acérés, pour lesquels ce sentiment d'appartenance universelle, cette conviction que chaque être humain passé présent et à venir participe d'une même continuité et s'inscrit dans la même égalité de toutes et tous, et pour lesquels en toute logique, l'oppression de minorités nanties sur des majorités exploitées et aliénées reste odieuse et inadmissible, ces gens ont existé, bel et bien, et Henri Guillemin en faisait assurément partie.

Précisons : on ne trouvera point ici une exégèse critique et sourcilleuse de l'oeuvre du bel et bon Henri, tant l'auteur de ses lignes en est un fanboy enthousiaste jusqu'au délire (et même si assurément HG aurait levé un sourcil circonspect devant ce terme de "fanboy", mais bref). Henri Guillemin a laissé à la postérité un héritage précieux : ses conférences, ou exposés comme on voudra, dans lesquels ce conteur de prodigieux talent revisite les grands moments de l'Histoire. De Gaulle, Jeanne D'arc, l'affaire Dreyfus, Robespierre, ainsi que Pascal, Rousseau et tellement d'autres nous redeviennent actuels et vivants, porté par la verve et la stupéfiante culture de Guillemin, auquel rien ne semble échapper, que ce soit dans l'ampleur de vues sur les événements jusque dans les détails en apparence triviaux et pourtant porteurs de sens. Passionné et passionnant, l'expression semble litote, pourtant elle décrit on ne peut mieux ce qu'on ressens à son écoute. Rien moins en vérité.

Disons le net : sortir de ses conférence donne à l'auditeur la précieuse conviction d'être plus intelligent et éclairé qu'il ne l'était avant. Mieux encore : d'être devenu un être humain un peu meilleur et voilà qui est somme toute une belle définition de l'émancipation y compris dans son sens politique : s'extraire de la bêtise aliénante qui nous cerne en permanence par le haut et avoir la volonté que les autres s'en extraient de la même façon. Dans ce moment de notre histoire présente où la politique progressiste se résume à un sentimentalisme moralisant, cette perspective relève le niveau et montre par conséquent que les bons sentiments ne font pas de bonne politique, alors qu'une intelligence critique et acérée en est le postulat de base indispensable. Henri Guillemin nous apporte cela, rien moins. Et merveille des Internets, ce cadeau est accessible à tout un chacun en allant sur Youtube, ou mieux encore sur ce lien

Las, l'époque est fort confuse, et tout est à l'envers, le haut est en bas et le bas prétend avoir des vues vers les sommets...ainsi, un histrion pathétique qui passe sa vie à pérorer sur un canapé rouge sur d'obscurs complots talmudo-sionistes qui n'existent que dans sa cervelle spongiforme a entrepris de récupérer le brave et honnête Henri, et on frémit de dégoût devant pareille bassesse. Henri Guillemin, associé de force avec cette soupe d'imbéciles paranoïdes et fascisants, lui qui méprisait d'autant plus l'extrême-droite qu'il l'avait vue à l'oeuvre de trop près au temps de Vichy, et ne se privait jamais de lancer des piques acerbes dans ses conférences contre les sinistres survivants de la collaboration. Nul doute que si il revenait parmi nous, la première chose qu'il ferait serait de ventiler façon puzzle ces prétentions. C'est d'autant plus certain que dans un témoignage qu'il nous a laissé sur sa "conviction profonde", texte intense sur le christianisme et la signification de la Foi, les 10 dernières minutes ne laissent aucun, absolument aucun doute sur le camp politique que Guillemin s'était choisi : celui des gens de peu contre les "gens de bien". Ecoutez ses 10 minutes, et imaginez ce qu'il aurait pensé des "manif pour tous" actuels...

Henri Guillemin fût et reste un porteur de lumière qui contribue à éclairer nos visions. Notre époque troublée et confuse a besoin de ces gens. 





11 commentaires:

Socialisme critique a dit…

Et, encore mieux que ses conférences, ses ouvrages! Ceux sur la Commune et sur 1848 sont exemplaires.

Maxim. a dit…

Guillemin est excellent, c'est un orateur de talent qui nous ramène aux plus belles heures de notre enfance où écouter une histoire relevait d'un plaisir absolument délicieux. C'est aussi un historien stimulant en ce qu'il s'écarte toujours des sentiers battus pour démythifier les épopées historiques et ses grands hommes. Mais par contre, le hic vient de la méthode, qui n'est vraiment pas rigoureuse. Pour toutes ses conférences, elle consiste à piocher une poignée des citations d'un corpus de textes, sorties de leurs contextes et surtout du texte. Il nous prouve ainsi pendant des heures à coups de phrases assassines que Napoléon était un petit voyou ambitieux sans foi ni loi. Mais il est certain qu'avec le même corpus de textes, avec le même talent d'orateur, on pourrait aisément soutenir une thèse contraire à coup d'autres citations précieusement choisies. Au final Guillemin sombre souvent dans le manichéisme, ce qui a pour effet de ne convertir à sa cause que ceux qui en étaient déjà fidèles. Pour les autres, il sera rejetée radicalement.

Gaston a dit…

Bonjour.

Il est curieux d'attribuer le titre de "porteur de lumière" à un chrétien à qui l'on veut rendre hommage. Curieux ou taquin, je ne sais. Oserais-je vous rappeler qui est celui que l'on appelle comme ça ?

En tout cas, ce mec (le premier pas le second) est passionnant. Toute publicité à son égard est bonne.

Respect.

Anonyme a dit…

Bonjour.
J'aimerais bien trouver des archives sonores, ou podcasts/livres audio de ces conférences. Une idée ?

Anonyme a dit…

D'après Annie Lacroix-Riz, c'était plus un conteur qu'un historien (mais ça ne veut pas dire qu'elle le déteste, bien au contraire).

Il était du genre à tronquer les citations et à raconter des histoires (haha) sur les personnages qu'il détestait. Par exemple avec Napoléon qui aurait couché avec ses soeurs (!!).

Anonyme a dit…

@Anonyme de 22:15 : si on tape Henri Guillemin sur Groggle, on peut tomber sur des émissions intéressantes. Mais certaines sont hébergées chez Alain Soral :/.

cedric a dit…


je suis allé voir sur wikipedia, il y a des liens vers plusieurs archives de conferences.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Guillemin

Julien Gavard a dit…

Merci dans ce dernier billet de m'avoir fait redécouvrir Henri Guillemin.

Cette allocution audio, magnifique, montre à quel point cet homme était grand. Son propos, clair et concis, montre le chemin que devrait prendre chaque âme au fur et à mesure de la vie qui passe et de la mort qui approche.

Il manque trop d'hommes de cette trempe dans notre France qui souffre.

Anonyme a dit…

Avec d'autres arguments tout aussi forts. Le professeur Henri Laborit était aussi avec les "gens de peu contre les gens de biens". Des enregistrements audios existent sur le site:http://archive.org/search.php?query=subject%3A%22Laborit%22
ou encore sur: http://florealanar.wordpress.com/2013/03/06/henri-laborit-sur-radio-libertaire-1/
Robert Spire

tnt a dit…

Guillemin est vraiment passionnant, j'ai écouté plusieurs de ces conférences avec intérêt.

Mais il n'y a pas besoin d'être historien pour se rendre compte de sa partialité et de sa rigueur à géométrie variable. Croire qu'il y a binairement une histoire "officielle" toujours fausse, et une "contre-histoire" toujours vraie c'est vraiment du simplisme à deux balles.

Évidemment c'est bien confortable de se dire qu'on est dans le vrai, le camps des bons, de ceux qui savent, la gauche pure. Mais franchement faut un peu essayer d'arrêter de voir le monde en noir et blanc. Ce genre de passion pour le simplisme à gauche m'effraie un peu...

PS : pour trouver ses conférences voir sur le site d'Etienne Chouard (un autre bel adepte du simplisme d'ailleurs je trouve), qui les propose aussi en mp3 :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/05/04/218-henri-guillemin-explique-robespierre-et-les-revolutions-francaises_la-fausse-et-la-vraie

Anonyme a dit…

L'humanisme n'est pas une doctrine, au contraire, c'est un principe de tempérance des doctrines.

L'humanisme c'est à l'origine une philosophie chrétienne qui date de la renaissance, et dont le but était de faire passer l'amour du prochain en priorité, avant la soumission aux doctrines de l'église, d'où passage d'une société théocentrée à une société anthropocentrée.

Ce principe peut s'élargir à n'importe quelle doctrine politique: l'intérêt humain doit rester prioritaire.